Club numismatique de Couvin

Signification des fêtes de fin d’année …. | 11 décembre 2011

Le 25 décembre, la chrétienté célèbre une naissance, celle d’un enfant que l’on dit appelé à fonder une religion nouvelle : Jésus de Nazareth, qui l’on présentera tardivement comme le Messie et le Sau­veur de tous les hommes.

Cette célébration fut pourtant tardive. A certains égards, elle est même surprenante. La date de naissance de Jésus est en effet parfaitement inconnue. On ne célébrait pas les anniversaires dans le Proche-Orient ancien et, généralement, les parents ne se souvenaient pas de la date de naissance exacte de leurs enfants. D’ailleurs, dans le christianisme primi­tif, il n’est pas question de fêter la naissance de celui que l’on dit Christ : vers 245, Origène affirme même qu’il est “inconvenant” de s’occuper d’une telle question, comme si Jésus était un roi ou un quelconque pharaon !
Les Écritures ne nous sont d’aucun secours. Le plus ancien évangile canonique, celui de Marc, ignore tout de l’enfance de Jésus. Matthieu situe la naissance de Jésus à Bethléem de Juda, à cause d’une prophétie de Michée. Cela en dit long sur le personnage ! Jean la place vaguement en Galilée, en citant, lui aussi, la prophétie selon laquelle le Messie devait voir le jour à Bethléem. Sur la période de l’année durant laquelle eut lieu l’événement, les évangélistes restent muets. Tout au plus le prologue de l’évangile selon saint Luc (2, 6), avec ses bergers veillant, la nuit en plein air, sur leurs troupeaux, semble-t-il suggérer une date printanière.

C’est en fait seulement à partir du IIe siècle de notre ère que l’Église se mit en devoir de situer dans l’année la date de naissance de Jésus. On assista alors à des débats contradictoires. Clément d’Alexandrie proposa le 18 novembre. D’autres auteurs avancèrent la date du 2 avril, du 20 avril, du 20 ou du 21 mai. Les chrono­logistes égyptiens en tenaient pour le 28 mars. En 243, le De Pascha Computus prit position pour le 28 mars !

Dans la première moitié de ce IIe siècle, les Basili­diens d’Égypte (secte semi-chrétienne de gnostiques opérant en Égypte), suivis par les chrétiens de Syrie, puis par l’ensemble des communautés d’Orient, se pro­noncèrent pour le 6 janvier. Cette décision fut prise sous l’influence d’une très ancienne tradition. Dans le culte de Dionysos (identifié chez les Grecs à Osiris), le 6 janvier était en effet consacré à la bénédiction des rivières. L’épiphanie (du grec epiphaneia, “apparition, manifestation”) de Dionysos aurait eu lieu dans l’île d’Andros, où un “vin miraculeux” attestait sa présen­ce invisible, dans la nuit du 5 au 6 janvier. Celle d’Osi­ris, fêtée à la même date, était précédée d’une période de deuil préparatoire : on pleurait Osiris mourant, puis l’heureux événement se produisait, et les eaux du Nil étaient censées se changer en vin. Le même jour, à Teos et à Andros, la source sacrée de Dionysos faisait aussi couler du vin. Le même jour également, la déesse Isis donnait naissance à Harpocrate, le soleil renaissant. Des cérémonies avaient lieu à Alexandrie, dans le Korèion, où l’on commémorait l’enfantement par une Vierge de son fils Aïon, l’Éternel, homologue de Dionysos et d’Osiris.

On s’écriait alors : “La Vierge a enfanté, maintenant va croître la lumière!”.

Cette fête, d’origine très probablement astrologique (dans la haute Antiquité, le 6 janvier voyait la sortie du Soleil dans la constellation de la Vierge), avait un caractère civique très marqué.

C’est donc apparemment sous la triple influence du culte de Dionysos, d’Osiris et de l’Aïon, que la naissance de Jésus, alors identique à l’Épiphanie, fut d’abord fixée au 6 janvier.

C’est aussi pour cette raison que furent situés à la même date deux autres événements miraculeux : le baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain et l’épisode des “noces de Cana”, avec la transmutation de l’eau en vin.

Aux IIIe et IVe siècles, tout l’Orient chrétien célèbre la naissance de Jésus le 6 janvier. En 386, il est décidé officiellement que les deux grandes fêtes chrétiennes sont Pâques et l’Épiphanie. Mais à cette époque, en Occident, une autre tradition s’est fait jour. La nais­sance du pseudo Dieu incarné a été fixée au 25 décembre.

Cette initiative s’explique par des motifs très semblables à ceux qui avaient conduit les chrétiens d’Orient à choisir la date du 6 janvier. Cette fois, ce ne sont pas Osiris et Dionysos qui sont en cause, mais les antiques traditions européennes du solstice d’hiver, ainsi que certaines festivités plus spécifiquement romaines, telles les antiques Saturnales ou le jeune culte du dieu Mithra.

Depuis des temps immémoriaux, le solstice d’hiver, qui marque la période la plus “sombre” de l’année, celle où les jours sont les plus courts et les nuits les plus longues, a constitué l’une des fêtes les plus importantes des peuples d’origine indo-européenne. Au cours de cette période, nos ancêtres faisaient acte de foi et profession d’espérance, en célébrant le prochain retour de la lumière et la renaissance de la vie qui ne meurt jamais. Bien entendu, leur ferveur était particulièrement grande dans les régions septentrionales, là où la période sombre s’accompagne du froid le plus vif. “Le solstice d’hiver, écrit Arthur Weigall, début de l’accroissement de la puissance solaire, était un événement plus important et plus joyeux dans les pays du Nord qu’au Midi. C’est pourquoi le 25 décembre fut toujours célébré parmi les peuples germaniques et anglo-saxons avec beaucoup plus d’enthousiasme qu’en Orient, où le déclin de la chaleur causait plus de plai­sir que son augmentation” (Survivances païennes dans le monde chrétien, Payot, 1934).

À Rome, les Saturnales (Saturnalia) étaient célébrées le 17 décembre, mais duraient pendant une semaine et s’achevaient donc à la veille du 25 décembre. Des processions d’hommes et de femmes, portant des guir­landes et coiffés de feuillages, défilaient dans les rues à la lueur des chandelles et s’offraient mutuellement des cadeaux. Durant cette période, comme pendant les calendes de janvier qui lui faisaient suite, toute dis­tinction de classe ou de rang était abolie (comme ce sera le cas, au Moyen Age, lors du carnaval du Mardi Gras et de la fête des Fous). A l’occasion de ces festi­vités, on célébrait le dieu Saturne, très tôt confondu avec le Grec Kronos (le Temps), époux d’Ops-Rhéa. Toutefois, c’est le dieu Janus, patron des prima, c’est-à-dire des commencements — il a d’ailleurs donné son nom au mois de janvier —, qui passait pour avoir ins­titué cette fête (cf. Macrobe 1, 7, 24). Les Saturnales furent réformées en 217 avant notre ère, dans le cadre de la grave crise religieuse provoquée par la deuxième guerre punique.

Par la suite, sous l’empire romain, deux autres grandes fêtes eurent lieu aussi le 25 décembre. A cette date, les partisans du mithriacisme, dont on sait qu’il fit une rude concurrence au christianisme naissant, célébraient tous les ans la (re)naissance du dieu Mithra ; et, à cette occasion, on égorgeait un taureau. D’autre part, on célébrait également le 25 décembre la fête de Sol Invictus, c’est-à-dire du “Soleil Invaincu”. Ce jour-là, dit Macrobe, on tirait d’un sanctuaire une divinité solaire, figurée comme un enfant nouveau-né. Les enseignes de l’empereur Julien portaient la dédicace Soli Invicto.

L’Église des premiers siècles, en choisissant le 25 décembre comme date supposée de la naissance de leur super Jésus, opéra un subtil syncrétisme. Leur Christ, du même coup, fut assimilé au “Soleil Invaincu”. On rappela opportunément que la Bible appelle le Messie juif “le Soleil de Justice” (Malachie 4. 2). Méliton de Sardes compa­re Jésus à Hélios : “Lorsque le Soleil avec les étoiles et la Lune se baignent dans l’Océan, pourquoi le Christ ne pourrait-il pas être baptisé dans le Jourdain ?” “Sol Invictus : Soleil invaincu ! écrit Raymond Abellio. C’était le nom de la fête qu’on célébrait à Rome le 25 décembre, porte solsticiale des incarnations divines, au moment de la plus longue nuit.

A la place de ce soleil enfoui, nous mettons l’étoile de Noël. Le sens reste le même”

La première mention latine du 25 décembre comme fête de la Nativité remonte à l’an 354. Mais à cette date, aucune cérémonie particulière ne s’y rattache encore. La célébration de Noël commence en fait sous Honorius, qui régna en Occident de 395 à 423. C’est alors que la fête commence à être mise sur pied d’égalité avec Pâques et l’Épiphanie, cette dernière solennité rappe­lant désormais uniquement l’épisode des “Rois mages” (de pair avec les “noces de Cana” et le baptême dans le Jourdain). En 440, l’Église décide officiellement de célébrer la naissance de leur Christ le 25 décembre. En 506, au concile d’Agde, Noël devient une fête d’obliga­tion. En 529, Justinien en fait un jour férié. A peu près au même moment, en 525, Dionysius le Petit fixe de façon assez arbitraire l’année de la naissance de Jésus à l’ “an 1″, qu’il assimile à l’an 754 de la fondation de Rome. De façon assez significative, le transfert de la Nativité du 6 janvier au 25 décembre coïncide avec l’implantation massive du christianisme en Europe et avec l’abandon progressif des rites orientaux. Aux IVe et Ve siècles, il en résulta un conflit assez violent. Les communautés chrétiennes d’Arménie et de Syrie, notamment, furent horrifiées du choix du 25 décembre, qu’elles qualifiaient de “journée de fête païenne”. Accu­sant l’Église d’Occident d’ “idolâtrie”, elles décidèrent de rester fidèles au 6 janvier. Par la suite, l’Épiphanie conservera en Orient une importance toujours plus grande qu’en Europe occidentale. Aujourd’hui encore, l’Eglise arménienne, soumise au rite jérusalémite, rejette la date du 25 décembre. Et les coptes chrétiens célè­brent toujours, à la date du 6 janvier, l’Aïd-el-Ghitas ou “fête de l’Immersion”.

Ultérieurement, on assistera en Occident à un nouveau “dédoublement” des rites du 6 janvier. Perdant de plus en plus d’importance, l’Épiphanie ne sera plus que la “fête des Rois mages”, la commémoration du baptême dans le Jourdain étant désormais fixée au 13 janvier. Enfin, en 1972, l’Église romaine, rompant entièrement avec la tradition, aban­donnera la date fixe du 6 janvier et fera de l’Épiphanie une simple fête mobile. Parallèlement, la fusion des coutumes de Noël et des antiques traditions du solsti­ce d’hiver devint au fil des siècles de plus en plus étroi­te. La date du 25 décembre, souligne Arthur Weigall, “était de tous temps l’anniversaire du Soleil, qu’on célé­brait dans beaucoup de pays par de grandes réjouis­sances. Ce choix semble avoir été imposé aux chrétiens par l’impossibilité dans laquelle ils se trouvaient, soit de supprimer une coutume aussi ancienne, soit d’em­pêcher le peuple d’identifier la naissance de Jésus à celle du Soleil. Il fallut donc recourir à l’artifice fré­quemment employé et ouvertement admis par l’Égli­se, et donner une signification chrétienne à ce rite païen irrépressible”.

S’adressant à ses contemporains, saint Augustin (Ser­mons CXC, 1) les supplie de ne point révérer le 25 décembre comme un jour uniquement consacré au Soleil, mais aussi en l’honneur de Jésus. Au début du VIIIe siècle, Bède le Vénérable rapporte qu’en 601, le pape Grégoire Ier enjoignit aux missionnaires anglais, notamment Meliutus et Augustin de Cantorbury, de s’employer à détourner de leur sens originel les tradi­tions païennes les plus enracinées, et donc les plus inébranlables, plutôt que de les combattre ouvertement.

L’origine “païenne” de la fête de Noël semble aujour­d’hui communément admise. “Noël, remarque Marc de Smedt, n’est qu’une adaptation à la nouvelle reli­gion (chrétienne) des fêtes que les Anciens et les Barbares célébraient lors du solstice d’hiver — et il en est de même pour toutes les fêtes chrétiennes, bien que l’Église l’ait très longtemps nié” (Le Nouvel Observa­teur, 23 décembre 1974). Dans Le Figaro, l’abbé René Laurentin précise que “le symbole cosmique du sol­stice d’hiver popularise et vulgarise à la fois la fête de Noël pour nous” (26-27 novembre 1977). Dans le jour­nal La Croix, Jules Gritti écrit : “A bien y réfléchir, deux années liturgiques se superposent. L’une, la chrétienne, célèbre l’histoire sainte, l’histoire qui va de l’avant depuis l’aube de la création jusqu’au salut plénier de l’humanité en passant par la Pâque victorieuse. Mais à l’arrière-plan se tient une seconde année, païenne (au sens religieux du terme) : la religion des quatre sai­sons. Ici ce n’est pas le pèlerinage vers l’avant qui comp­te, mais l’éternel retour des cycles saisonniers. La religion jalonne alors ce retour cyclique, elle le célèbre” (1er-2 janvier 1981). Et Jules Gritti ajoute: “Ici, l’Égli­se a très tôt pris les devants, en baptisant par Noël la fête païenne de la renaissance du Soleil invaincu” (ibid.).

C’est ce caractère “païen” de la fête de Noël qui lui a parfois valu d’être mise en cause par des extrémistes de la foi. Ainsi, sous Cromwell, les célébrations de Noël furent supprimées en Angleterre, sous la pression des milieux puritains. Elles ne furent rétablies qu’en 1660, après la restauration de Charles II. En Écosse, Noël, considéré comme “fête païenne”, fut également interdit en 1583. Aujourd’hui encore, certaines sectes chré­tiennes, tels les Témoins de Jéhovah, se refusent à célébrer Noël.

Sur le plan du vocabulaire, on trouve, pour dénom­mer Noël, plusieurs désignations. Le français “Noël”, de même que l’italien Natale ou le provençal Nadal, provient du latin natalis, par altération de l’a en o (cf. “orteil”, dérivé d’articulus), chute du t (cf. “abbaye”, dérivé d’abbatia) et transformation de -alis en -el (cf. “annuel”, dérivé d’annualis).

Dans les parlers régionaux français, les variations de “Noël” sont nombreuses. On peut citer notamment Nadal (Bas-Languedoc, Provence), Nodal (Aveyron), Nau (Poitiers, Gironde), Noé. Noal, Noué, Noeu (Flandre française), Nâwé, Nôwé, Naoué (Vosges, Lorraine), Nouvé, Nâ (Franche-Comté), No-èi, Nouéa (Bourgogne), No-yé, Noillé (Beaujolais), Nouel (Normandie), Nwa, Nwel (Maine), Noâ, Noué (Bretagne), etc.

On trouve aussi d’autres expressions. Le transfert de la date de la fête du 6 janvier au 25 décembre explique l’existence d’une autre série, à laquelle appar­tiennent Caleno et Calendo (Provence), Chalandes (Dau­phiné), Chalendes (Lyonnais) et Chalènos (Nice), termes conservant le souvenir des anciennes calendes de jan­vier (cf. l’italien Calendimaggio, “premier jour de mai”). On connaît le célèbre poème épique de Mistral, Calen­dal, dont le héros réalise maints exploits pour conqué­rir l’amour d’une princesse, dernière descendante des seigneurs des Baux.

Le mot “Noël” est aussi utilisé pour désigner les chants propres à cette période, en particulier ceux du Moyen Age : un “noël” (sans majuscule). Le mot a éga­lement été employé comme interjection (”Noël!”), en signe de réjouissance ou lors de certaines fêtes offi­cielles.

En Angleterre, saint Augustin passe pour s’être éta­bli en 596 dans le Kent, accompagné de quarante moines, afin d’évangéliser les Angles et les Saxons. Il aurait alors mis l’accent sur la célébration de la fête de Noël, qui donnait surtout lieu à des messes. C’est de ces “messes du Christ”, Christes masse, que provient Christmas, le nom anglais de la fête de Noël (cf. aussi le néerlandais Kerstfeest, l’afrikaans Kerfees, l’ukrainien Kristovym). On trouve aussi l’abrégé Xmas, où le “X”, correspondant au chi grec, représente un diminutif de Christos.

En Allemagne où, comme en Scandinavie, la fête de Noël proprement dite n’a pas lieu uniquement le 25 décembre, mais dure deux jours (le 25 et le 26, les cadeaux étant donnés dans l’après-midi du 24), le terme le plus courant est Weihnacht ou Weihnachten. Cette dernière forme, la plus ancienne, est de façon significative un pluriel. La première mention que l’on en possède, winahten, remonte à 1170.

Le sens d’ori­gine semble être “nuits saintes, nuits consacrées” (Nacht, “nuit”, Weihe, “consécration”, weihen, “sanc­tifier”). En Basse-Bretagne, on trouve d’ailleurs la même expression pour désigner Noël: ann noz santel, “les nuits saintes”. Une autre interprétation a pourtant été avancée à propos de Weihnachten. Selon quelques auteurs, ce mot ne serait pas à mettre en rapport avec Weih-, qui exprime une idée de sacré, mais avec Weib-, qui évoque la féminité ou la maternité (cf. Weib, “épou­se”, weiblich, “féminin”). Un tel rapprochement peut surprendre. Cependant, on trouve dans certaines régions d’Allemagne le mot Mütternacht, “nuit des mères”, comme synonyme de Weihnacht. On sait par ailleurs qu’au cours de la nuit du solstice d’hiver, en Gaule et en Germanie méridionale, on célébrait un culte des Matres et qu’au cours du repas, “la place était marquée pour les Mères et pour les morts” (Jean-Jacques Hatt, Revue archéologique de l’Est et du Centre-Est, XXI, 1-2). Décrivant les fêtes de solstice du paganisme, Bède le Vénérable (672-735) observe de son côté : “Les anciens peuples de l’Angleterre faisaient commencer l’année le 25 décembre, le jour où nous célébrons la naissance du Seigneur; et cette même nuit qui est pour nous si sacrée, ils l’appelaient modra­necht (môdra niht), c’est-à-dire la nuit des mères”.

Dans les pays septentrionaux, nous trouvons enfin une dernière dénomination pour Noël: Jul. Dans les langues scandinaves modernes, Noël se dit en effet Jul. En anglais, parallèlement à Christmas, on trouve Yule, “Noël”, et Yuletide, “période de Noël”. En néerlandais, on rencontre occasionnellement Joel, “Noël”, et Joel­feest, “fête de Noël”. Le mot Jul entre aussi en com­position dans de nombreux mots, désignant la “paille de Jul” (Yule straw), les “cadeaux de Jul” (Julklappar), le “pain de Jul “, la “table de Jul “, etc. Par “contagion”, le mot Jul a aussi été adopté dans les langues finno-ougriennes : “Joyeux Noël” se dit Iloista Joulua en fin­nois, Roosmaid Joulu Puhi en estonien (en norvégien : Gledelig Jul; en danois : Glaedelig Jul; en suédois : Goa Jul). Plusieurs hypothèses ont été émises quant au sens étymologique de Jul. Selon l’hypothèse la plus commune, le sens d’origine serait “roue” (du temps, de l’année? cf. l’anglais wheel, “roue”), mais aussi “kermesse, fête”. Jul pourrait aussi provenir d’un ancien jeochol (germanique *jehwla), “(époque des) tempêtes de neige “. Certains auteurs évoquent encore le nom d’un ancien breuvage de fête, öl, qui désigne aujourd’hui la “bière” en suédois (cf. l’anglo-saxon eale, l’anglais ale), ou bien se réfèrent à Jolnir, surnom du dieu Wotan, et à Ulr-Oelr, divinité de l’hiver. D’autres, à tort certainement, rattachent Jul au latin julivus (ou joculus), “joyeux, enjoué, qui a du plaisir”, qui a abouti à l’an­cien français “jolif” (féminin “jolive “), au français actuel “joli “, à l’italien giolito, “état de liesse”, ainsi qu’à l’an­glais jolly, “joli, gai, joyeux”.

Les Anglo-Saxons appelaient autrefois Giulu les mois de décembre et de janvier (du germanique *giuli). En gotique, “novembre” se disait fruma jiuleis, c’est-à-dire “le premier mois de Jul”. Quant au mois de décembre, douzième et dernier de l’année, son nom signifie “le dixième” (latin decem) parce qu’à Rome, l’année com­mençait le 1er mars. En territoire germanique, où “décembre” se dit Dezember, ce mois a aussi reçu les noms de Julmond ou Julmonat, “mois de Jul” (cf. le finlandais Joulukuu, “décembre”), Christmonat, “mois du Christ”, et, chez les anciens Saxons, winter-monath, “mois de l’hiver”, ou heligh-monath, “mois sacré”.

L’origine de la fête de Noël suffit à en déterminer le caractère. Pour les chrétiens, Noël est avant tout la solennité de la naissance de celui quu’ils disent être leur Christ. Mais au fil des siècles, cette signification en a rejoint d’autres, héri­tées de la plus haute Antiquité, et c’est sans doute ce qui explique que cette fête soit aussi bien célébrée aujour­d’hui chez les croyants que chez les non-chrétiens.

Avant tout, Noël est une fête du foyer. Ne dit-on pas, en Italie, Natale con i tuoi, e Pasque con chi vuoi, “Noël avec les tiens, et Pâques avec qui tu veux” ? L’influen­ce du caractère propre à cette période de l’année est évidente : quand il fait froid, les hommes se rassem­blent et se resserrent autour du feu. C’est au moment où l’année touche à sa fin que les familles, les lignées et les clans font retour sur eux-mêmes. C’est par analogie avec la vie universelle, qui semble avoir disparu, que toutes choses s’arrêtent comme pour se recueillir. La nature, à Noël, reprend son souffle. Tous les processus naturels de vie fonctionnent au ralenti. Pour “aider” le Soleil à revenir, à triompher de l’hiver, les hommes allu­ment des feux et décorent leurs foyers d’arbres et de feuillages toujours verts, à l’image de ce qui ne meurt jamais. (Le vert est la “couleur de l’espérance”).

Naissance du Christ, (re)naissance du Soleil: Noël est aussi la fête de ce qui ne meurt jamais, de ce qui revient toujours. Et en ce sens, elle est à l’image même de l’éternité.

À Rome, la figure bifrons du dieu Janus ouvrait et fermait chaque année. Ainsi s’affirmait l’idée d’une équivalence essentielle entre ce qui s’achève et ce qui se prépare et s’affirme, entre l’année (ou la génération) passée et l’année (ou la génération) à venir. Certitude de l’éternel retour : ce qui a été sera, ce qui fut revien­dra. Le passé est la mémoire de l’avenir.

À Noël plus qu’en toute autre occasion, les hommes se souviennent de leur passé, de leur enfance, de leurs ancêtres.

La nuit, en germe, contient le jour. A l’hiver succédera le printemps. Sous le gel, la vie s’apprête à renaître, les plantes à pousser, les ruisseaux à couler. Une renaissance est à l’oeuvre en secret. Du plus profond de la nuit, une lumière sans fin s’apprête à jaillir. L’obscurité est aussi une promesse. Promesse de conti­nuité, de régularité. Alternance et équivalence des contraires. Mais aussi promesse de renouveau : ce sera toujours le même soleil, et ce ne sera jamais le même.

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