Club numismatique de Couvin

La République démocratique allemande (RDA) ; Deutsche Demokratische Republik (DDR) | 28 octobre 2011

La République démocratique allemande (RDA) ; Deutsche Demokratische Republik (DDR) par ses cartes postales, sa monnaie  et  ses ordres nationaux.

 Première partie :  Historique illustré par les cartes postales ( sur notre bulletin)

Historique

La R.D.A, également appelée Allemagne de l’Est, est un ancien État européen soi disant socialiste qui a existé jusqu’en 1990. La RDA a, en effet, été créée le 7 octobre 1949 par des communistes allemands rescapés des purges staliniennes, toujours à la solde de l’Etat stalinien que fut l’URSS. Lorsque le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitule sans condition, l’ancien Reich allemand est occupé à l’Est par l’Armée rouge soviétique et l’armée populaire de Pologne[1] créée par les communistes staliniens réfugiés en URSS. La partie occidentale est occupée par les alliés soit la Grande Bretagne et les Etats Unis d’Amérique, fortement aidés par les Forces polonaises libres (Polskie Sily Zbrojne na Zachodzie)  sous autorité anglaise et modestement aidés par les troupes de la France de De Gaule et la brigade Piron qui combat sous les ordres anglais. Lors de la conférence de Postdam (ville proche de Berlin), l’Allemagne – du moins ce qu’il en reste – est divisée en quatre zones d’occupation avec la création de Berlin divisée en quatre zones et enclavée dans le territoire occupé par les soviétiques.

Alors que la conférence de Potsdam avait prévu une occupation temporaire de l’Allemagne avec la création d’un nouvel Etat démocratique, les communistes soviétiques[2] refusent  que des élections libres soient organisées et que le peuple allemand décide de son avenir.

A peine installés en Allemagne de l’Est, les soviétiques traquent les anciens nazis mais aussi tous les opposants à leur idéologie. Ils font venir de Moscou les membres du comité central d’un parti dit communiste fondé en 1943 à Moscou. Il est à noter qu’une armée allemande combattant avec les russes avait été fondée dès 1943. C’est la « Neues Deutschland » ou la Nouvelle Allemagne à la sauce communiste.  Les communistes allemands rentrent en Allemagne et partout en Allemagne de l’Est prennent le pouvoir sous la surveillance du NKVD et des troupes russes. Des mesures d’épuration sont prises dès septembre 1945 avec la réforme agraire qui exproprie tous les grands propriétaires terriens. Tout allemand s’opposant au système communiste a le choix : émigrer rapidement vers la partie occidentale de l’Allemagne ou faire connaissance avec des goulags (camps d’internement) allemands et russes.

La dégradation des relations entre les quatre puissances occupantes de l’Allemagne qui occupent également chacune un des quatre secteurs de Berlin — et l’opposition sur le statut de Berlin-Ouest conduisent au blocus de Berlin par les soviétiques entre juin 1948 et mai 1949 : blocus des voies d’accès terrestres à Berlin-Ouest à partir de l’Allemagne de l’Ouest et à travers la zone contrôlée par les soviétiques. Les Occidentaux mettent alors en place un pont aérien massif et remportent la « bataille de Berlin ».

La République fédérale d’Allemagne[3] est fondée le 23 mai 1949 dans la Trizone occidentale.

En réponse, le 7 octobre 1949, les Soviétiques créent la République démocratique allemande. Le premier président de la R.D.A. est Wilhelm Pieck (1876–1960), le premier ministre-président Otto Grotewohl (1894–1964), mais l’homme fort de la RDA est Walter Ulbricht[4] (1893–1973), secrétaire général du comité central du SED. Cet individu s’est fait remarquer en 1936 en Espagne dans les brigades internationales rouges en faisant éliminer ses «camarades » – adversaires  politiques communistes. Recherché en Allemagne, il rejoint l’Union soviétique où il obtient la nationalité de ce pays. Depuis 1941, il travaille pour Radio Moscou dans une émission en allemand. Dans les camps de prisonniers de guerre et sur le front, il s’occupe de soldats allemands favorables aux communistes et tente de promouvoir la création d’un État allemand allant dans le sens du KPD (parti communiste inféodé à Moscou). Lors de la bataille de Stalingrad, avec Herbert Wehner, il invite les soldats allemands à l’aide d’un mégaphone à capituler et à passer dans le camp soviétique. En 1943, il devient co-fondateur du Nationalkomitee Freies Deutschland (« Comité national pour une Allemagne libre » ou NKFD[5]) en URSS, un mouvement d’action contre les nazis allemands.

Le 30 avril 1945, Ulbricht[6] dirige le « Groupe Ulbricht [7]» qu’il reconduit dans l’Allemagne détruite et organise la reconstruction d’un KPD (parti communiste allemand) et sa fusion forcée avec le SPD (parti socialiste allemand)  dans la zone d’occupation soviétique en Allemagne, formant le SED[8] en 1946.

L’Allemagne qui vit depuis 1933 dans un régime dictatorial voit l’arrivée d’une autre dictature aussi sanguinaire[9] que celle de Hitler.

Le contrôle du régime sur la population est exercé à partir de 1950 par la tristement célèbre Stasi[10], digne successeur de la Gestapo, qui surveille la vie des habitants et élimine les contestataires repérés par son réseau d’informateurs et d’agents.

Le secteur industriel, qui emploie 40 % de la population active en 1950, est soumis à la nouvelle politique de nationalisation qui aboutit à la formation d’« entreprises populaires » (« Volkseigene Betriebe » (VEB)) qui représenteront 75 % du secteur industriel. Le premier plan quinquennal (1951-55) présenté par l’État prévoit de hauts quotas de production pour l’industrie lourde et l’augmentation de la productivité du travail ; les pressions du plan renforcent l’exode des citoyens est-allemands. Le 16 juin 1953, à la suite d’une augmentation de 10 % des quotas de production des travailleurs construisant le boulevard Staline, les émeutes de juin 1953 éclatent à Berlin-Est, 60 000 manifestants s’en prennent aux symboles du pouvoir communiste. Dès le lendemain, l’agitation gagne le reste du pays. Walter Ulbricht fait appel aux troupes soviétiques qui rétablissent l’ordre en provoquant la mort de 55 personnes et une vague d’arrestations et de condamnations à la prison de plus de 10 000 personnes. Les désordres s’arrêtent à partir du 23 juin. Une fois les émeutes matées par les chars soviétiques, les autorités renforcent la répression : 1 500 condamnations, 600 000 membres exclus du SED.

En 1955, le pacte de Varsovie est créé et la Nationale Volksarmee[11] intègre ce dispositif militaire.

Entre 1949 et 1961, la situation en RDA a poussé plus de trois millions d’allemands, en particulier les travailleurs qualifiés à émigrer en Allemagne de l’Ouest en raison de son respect des libertés individuelles, de sa prospérité et de ses salaires élevés. Le régime hésita longtemps quant aux moyens de colmater cette hémorragie.

La pérennité de la RDA n’allant alors pas de soi, Staline propose en 1952, dans une note, la réunification allemande et la neutralité du futur pays. Cette démarche est refusée par l’Ouest qui la juge peu sincère, estimant que c’est un moyen pour l’URSS de prendre à terme le contrôle du futur ensemble qui sera trop faible pour se défendre. Il faut ajouter que la peur d’une guerre avec le bloc soviétique avait poussé les occidentaux à faire de la République fédérale d’Allemagne, un Etat clef dans le dispositif de défense de l’Europe occidentale. L’OTAN[12] avait besoin d’une armée allemande forte pour empêcher une attaque soviétique.  Finalement, la fermeture des frontières (mise en place d’un « rideau de fer ») fut décidée et le mur de Berlin construit à partir du 13 août 1961 pour soi disant « protéger le socialisme ». Il s’agissait simplement d’une mesure pour empêcher l’écroulement économique de la République démocratique allemande qui se vidait de son élite.

Dès 1960, la population ne peut plus se rendre à Berlin-Ouest. On ne délivre des passeports qu’aux pensionnés  et à certaines personnes jugées politiquement favorables au régime. Un allemand de l’Est qui obtient l’autorisation de sortir vers l’Ouest doit laisser sa famille en R.D.A. comme otage.

 Il est à noter que la R.D.A. n’est pas reconnue en droit international. Son passeport n’est valable que dans le bloc communiste. L’allemand de l’est qui se rend en Occident doit obtenir un titre de voyage décerné gratuitement par les autorités d’Allemagne fédérale.

La création du mur de Berlin et le renforcement des frontières permit à cet Etat de se maintenir temporairement. L’objectif de ce dispositif était d’empêcher l’émigration est-allemande par le secteur occidental de la ville. Les soldats est-allemands reçoivent l’ordre d’ouvrir le feu sur toute personne qui tenterait de franchir cette frontière quasi inviolable qui divisera l’Allemagne pendant presque trente ans. Notons que les troupes des frontières avaient ordre non pas de protéger les frontières contre un agresseur éventuel mais d’empêcher la fuite des citoyens est-allemands vers la République fédérale d’Allemagne.  Malgré cette politique de fermeté, le pays connaît de graves difficultés économiques, illustrées par la « crise du café » entre 1976 et 1978. Le pays vit sous le rationnement. La pénurie est constante et le niveau de vie bien que le plus élevé du bloc communiste est bien plus bas qu’en R.F.A.

La situation de crise perdure jusqu’à mettre en péril l’existence même de la RDA à la fin des années 1980.

À partir de 1985, Mikhaïl Gorbatchev met en place en URSS une politique de glasnost (transparence) et de perestroïka (reconstruction) destinée à résoudre les graves problèmes socio-économiques connus depuis plusieurs années. Cet assouplissement idéologique ne tardera pas à franchir les frontières de l’empire soviétique pour atteindre les unes après les autres les « républiques sœurs », elles aussi en pleine déliquescence. La révolte polonaise fut le coup de grâce pour le régime allemand. L’opposition polonaise se regroupait dans l’Eglise catholique. En Allemagne de l’Est, l’opposition se regroupa dans les temples protestants. Malgré le coup d’état en Pologne, les opposants est allemands se mirent à rêver de réformes. Devant cette situation, le SED (parti communiste allemand) complètement isolé du peuple ne voulut rien comprendre. Il a cru que les soviétiques les soutiendraient toujours alors qu’eux mêmes avec  Mikhaïl Gorbatchev avaient compris que leur système n’était pas viable. Devant le refus de toute réforme, un mouvement d’émigration se mit en place.

En raison de la crise politique et économique, l’émigration devient très importante en 1989 ; les émigrants passent à l’Ouest par l’intermédiaire de pays « frères » moins regardants en matière émigration : la Tchécoslovaquie mais surtout la Hongrie (suite à l’ouverture de la frontière avec l’Autriche) ce qui met à mal le régime est-allemand. Les départs de l’élite intellectuelle de la RDA (scientifiques, techniciens, ingénieurs, médecins, cadres, ouvriers spécialisés, etc.) renforcent la crise, ce qui accroît le mécontentement populaire. Mikhaïl Gorbatchev[15] indique le 6 juillet que l’Union soviétique n’interviendrait pas pour réprimer les mouvements qui agitent la RDA.

Entre septembre 1989 et mars 1990 ont lieu les « manifestations du lundi » (Montagsdemonstrationen), particulièrement à Leipzig, au cours desquelles les Allemands de l’Est réclament des réformes et notamment la liberté de circulation vers l’Ouest ; ces manifestations gagnent progressivement en ampleur. Le conseil des ministres de la RDA démissionne le 8 novembre 1989, suivi par le Politbüro le 9 novembre. Dans la soirée du 9 novembre 1989, Günter Schabowski, membre du comité central du SED, annonce de façon surprenante et non concertée avec ses camarades du SED la levée de toutes les restrictions de voyage et l’ouverture des frontières, provoquant un afflux de personnes aux postes de passage le long du mur de Berlin, puis l’ouverture du mur. La police des frontières ne reçoit aucune instruction et laisse passer la masse qui se rue à Berlin Ouest. C’est le début de la fin.

Le 18 novembre, le cabinet Modrow est constitué.

Continuellement en crise économique, et plus encore à partir des années 1970, le pays connaît des tensions internes majeures qui culminent lors de la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. À partir de cette date qui marque une véritable rupture, le pays se démocratise et des élections libres sont tenues le 18 mars 1990   conduisant à ce que le Parti socialiste unifié d’Allemagne  – en clair le parti communiste à la solde des soviétiques perde le contrôle majoritaire de la Chambre du peuple (le  pseudo Parlement est-allemand). Le 23 août, la nouvelle assemblée vote l’extension de la Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne aux territoires de la RDA à effet du 3 octobre 1990 et par conséquent la disparition de la République démocratique allemande à cette date.

La Deutsche Demokratische Republik surnommée avec ironie la Dumme Deutsche Republik (république allemande stupide)  disparaît et rejoint les poubelles de l’Histoire pour le plus grand bonheur des allemands de l’est soumis à la dictature depuis 1933.

[1] Pour en savoir plus, conulter notre site http://membres.multimania.fr/migalska/armeepopulaire.htm

[2] Des élections non démocratiques sont organisées en Pologne, occupée par l’Armée rouge.

[3] République fédérale d’Allemagne car elle représente le peuple allemand dans son entièreté et a pour vocation d’intégrer tout le peuple allemand dans un seul Etat, ce qui sera réalisé en 1990.

[4] Humour est-allemand : Ulbricht [Secrétaire Général du PC de l’époque] convoque son ministre de la sûreté et lui demande : « Deux et deux, ça fait combien ?
– Cinq, Camarade Président. »
Ulbricht sort un revolver et l’abat. D’autres camarades, alertés par le bruit, arrivent aussitôt et s’étonnent : « Mais pourquoi l’as-tu tué ??!!
– Il en savait trop ! »

[6] Le 29 avril 1945, les Soviétiques transportent à Berlin Ulbricht et une petite équipe de communistes avec pour mission d’installer une nouvelle administration.

[7] Le groupe Ulbricht (Gruppe Ulbricht), est un groupe de 10 apparatchiks communistes, dirigé par Walter Ulbricht, chargés par les soviétiques de poser les bases de la reconstruction allemande en 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le groupe Ulbricht conçoit une Allemagne unie. Il ne veut pas proposer un régime soviétique car il sait que cet état serait rejeté. Il propose alors un programme en 4 points :

Réforme agraire (en allemand : die Bodenreform). Au nord est de l’Allemagne, existent de grandes propriétés terriennes dirigées par les Junkers (noblesse prussienne), des fournisseurs de gradés dans l’armée prussienne, puis allemande  et habitées par une classe paysanne pauvre. Le Parti communiste d’Allemagne (en allemand : Kommunistische Partei Deutschland – KPD) réclame une répartition des terres entre tous les paysans.

Essor de l’industrie : mines, chimie, etc. Le KPD pensait que l’industrie lourde avait aidé l’arrivée des Nazis au pouvoir.

Organisation d’élection libre et secrète.

Réalisation de l’unité de la classe ouvrière. Avant l’arrivée des Nazis, il y avait deux partis ouvriers (le SPD, plus vieux parti d’Europe, créé en 1865 ; et le KDP). Les partis ouvriers étaient divisés face aux nazis. Les communistes réclament alors l’unification du KPD et du SPD.

[8] Parti socialiste unifié d’Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands – SED)

[9] A lire : « le livre noir du communisme ». Recensement de tous les crimes et génocides des communistes à travers le monde. Editions Agora Pocket

[10] Le service de police politique est le ministère de la Sécurité d’État (Ministerium für Staatssicherheit), surnommé la Stasi, instituée en 1950. Elle est calquée sur le NKVD soviétique, mais est de plus réorganisée par certains anciens membres de la Gestapo : traque des opinions non-conformes, contrôle systématique des moyens de communication, espionnage des suspects jour et nuit, etc.…

[12] Les plans de l’Otan avaient prévu une guerre avec le bloc soviétique. Le rôle de la Bundeswehr était de subir le premier choc et de se replier sur la frontière occidentale et en particulier le Rhin d’où une contre attaque aurait été réalisée par les forces américaines – britaniques et françaises.  Du côté du Pacte de Varsovie, la NVA (armée populaire allemande de la RDA) devait assurer le premier choc.

[13] A cet endroit, vous trouverez un musée du mur de Berlin avec l’historique des meurtres commis par les communistes mais aussi les moyens mis en place par les est-allemands pour se sauver.  A proximité, se trouve aussi le  musée de la DDR.

[14] Il existe de nombreuses cartes de propagande cherchant à prouver le soutien des jeunes et de la population à leur pseudo république démocratique.

[15] Le chancelier de la République fédérale d’Allemagne promet de fortes sommes d’argent à Mikhaïl Gorbatchev si ce dernier soutient la réunification de l’Allemagne.

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