Club numismatique de Couvin

Histoire d’un peuple à travers les cartes postales – Częstochowa en Pologne | 19 avril 2010

Publié dans la revue de mai-juin 2010

Pologne, pays martyr.

Nous connaissons tous cette phrase célèbre: « Quant à l’action qui va commencer, elle se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part ». Elle fut prononcée par Jarry dans le discours prononcé à la première représentation d’Ubu Roi le 9 décembre 1896.

Histoire d’un dépeçage et d’une liberté difficile à recouvrer.

L’histoire de la Pologne est dramatique, car elle est la proie d’autres pays comme la Prusse, l’Autriche ou la Russie. Elle est partagée trois fois au 18e siècle et presque anéantie pour garantir le pouvoir de ces trois royaumes plus puissants. Au 19e siècle, l’hymne national des polonais dit : « La Pologne n’est pas encore perdue. » C’est Napoléon qui créera à partir de rien le grand-duché de Varsovie et annexera une bonne partie des terres de la Prusse. Après la défaite de Napoléon à Waterloo et le congrès de Vienne, la Pologne de l’époque est donnée à la Russie par les vainqueurs de Napoléon. Ce n’est qu’en 1914 que le tsar garantit l’autonomie à la Pologne. La Pologne actuelle, libre et démocratique depuis si peu de temps, mérite tout notre intérêt et notre amitié car si la Belgique est un Royaume souverain, c’est en partie grâce à la Pologne. Si le 26 septembre 1830, la Belgique proclame son indépendance, elle doit faire face à la volonté des puissances de l’époque et en particulier de la Prusse qui s’oppose à notre indépendance. La Prusse  envisage sérieusement d’envoyer des troupes pour mater notre révolution. En 1830, la Pologne vit écartelée, partagée entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. L’Insurrection de novembre est un soulèvement national polonais contre la Russie, qui a débuté le 29 novembre 1830 et qui s’est terminé en octobre 1831. À l’annonce, fausse, que l’armée polonaise est requise par la Russie pour réprimer les révolutions française et belge de 1830, la population de Varsovie se soulève. L’armée polonaise se joint aussitôt à l’insurrection. La réaction russe à cette révolution polonaise, engageant des forces bien supérieures à la bataille d’Ostrołęka, aboutit à la prise de Varsovie, en 1831. Il s’ensuit une répression sévère ainsi qu’une russification systématique chassant de Pologne de nombreux patriotes qui trouvent bien souvent refuge en France et en Belgique, renforçant l’amitié franco-polonaise mais aussi belgo-polonaise. La Prusse tarde à venir en Belgique car elle veut mater, elle aussi, toute tentative de révolte des territoires sous son autorité. Nos révolutionnaires vont mettre à profit ce répit pour assurer à notre pays une survie politique. Le 4 novembre 1830 une conférence s’ouvre à Londres sur l’avenir de la Belgique : les grandes puissances décident finalement de reconnaître la Belgique indépendante le 20 janvier 1831. Un royaume est fondé dont le trône est offert, tout d’abord au duc de Nemours, dont le père déclinera l’offre, puis ensuite, le 4 juin 1831 par défaut au prince allemand Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha (oncle de la reine Victoria), qui deviendra Léopold Ier, premier roi des Belges, le 21 juillet 1831. Cela nous permettra d’obtenir de l’Angleterre son aide précieuse pour garantir notre souveraineté et notre neutralité.

Mais revenons à notre Pologne !

La Pologne ne recouvre son indépendance qu’en novembre 1918 sous l’impulsion de Józef Piłsudski, c’est la deuxième république de Pologne. La paix sera de courte durée. En effet, la guerre polono-soviétique de 1919-1920 opposa la nouvelle Russie bolchévique aux Polonais. Cette guerre a des raisons aussi bien idéologiques (extension de la révolution vers l’Europe pour les Soviétiques), que territoriales (chaque partie souhaitant récupérer des territoires de l’autre). Après des premiers succès polonais puis soviétique, la victoire finale revient à la Pologne. Elle lui permet d’obtenir des gains territoriaux significatifs à l’est, bien au-delà de la ligne Curzon, frontière proposée pendant le conflit par le ministre des Affaires britannique Lord Curzon et se rapprochant de ce qu’elle était avant la première partition de la Pologne en 1772. L’histoire de la guerre 14-18 est abordée avec la carte postale allemande Gruss aus Czenstochau – voir plus bas.

Dans les années 1920 et 1930, le régime polonais va devenir progressivement, comme plusieurs régimes d’Europe de l’Est, un régime autoritaire sous le commandement du Maréchal Piłsudski. Le pays se relève des destructions de la Première Guerre mondiale et de la guerre russo-polonaise. Malgré un relatif isolement entre la Russie soviétique puis l’Allemagne nazie, le pays va connaître un développement comparable aux pays d’Europe occidentale.

En septembre 1939, la lâche invasion allemande du 1er septembre déclenche la Seconde Guerre mondiale. La Pologne est à nouveau partagée entre l’Allemagne nazie et son alliée de circonstance : l’Union soviétique (l’invasion soviétique du 17 août 1939), qui, conformément au pacte secret germano-soviétique, en profite pour massacrer l’élite militaire polonaise. La Pologne subira la politique d’extermination  nazie  de  1939  à 1945.  Le  pays perd  20%  de sa population soit 6

millions de personnes, victimes des purges, massacres et déportations. Les Juifs assassinés par les nazis constituent la moitié des pertes polonaises. L’importante communauté juive polonaise d’avant-guerre est quasiment détruite. Tout cela n’empêche pas les soldats polonais en exil d’aider efficacement les armées alliées à la victoire des Alliés, notamment pendant la bataille d’Angleterre où les escadrilles de pilotes polonais feront des miracles. Ils s’illustreront lors la bataille de Normandie et de la campagne d’Italie. Notons au passage que les troupes polonaises passeront par Couvin où elles feront halte au Château du Parc Saint Roch. Il s’agit de la 1e division blindée du Général MACZEK inclue dans l’armée canadienne.

Une liberté méritée mais refusée …

Officiellement classée parmi les vainqueurs, la Pologne ne retrouve pas pour autant la liberté – elle passe d’un régime totalitaire à un autre, avec la honteuse et lâche bénédiction de l’Occident. Pour mémoire, le gouvernement polonais regroupé à Paris forme un Gouvernement polonais en exil dont le président est Władysław Raczkiewicz et le premier ministre, le général Władysław Sikorski. La plus grande partie de la flotte polonaise a pu se replier au Royaume-Uni et des milliers de soldats polonais ont également pu s’enfuir par voie de terre, vers la Roumanie, ou par voie de mer, par la mer Baltique C’est ainsi que beaucoup de Polonais peuvent poursuivre le combat en participant à la défense de la France jusqu’en juin 1940, et ensuite prendre part au débarquement de Normandie et à la libération de la Belgique. L’occident, pour tout merci de l’aide de l’armée dite Sikorski, du nom du général polonais qui la commandait,  abandonne la Pologne aux mains de Staline, frère de lait de Hitler. Les Soviétiques conservent la partie orientale du pays, peuplée majoritairement de Biélorusses et d’Ukrainiens, annexée en 1939, et le territoire polonais « glisse » vers l’ouest, en absorbant le sud de la Prusse-Orientale, la Poméranie et la Silésie, allemandes depuis plusieurs siècles. Le pays devient une « pseudo démocratie populaire » sous la  dure tutelle de Moscou, et membre du Pacte de Varsovie. Ancrée à l’Est, son cœur bat pour l’Ouest qui l’a abandonnée à son triste sort. Staline annexe les provinces orientales et impose à la Pologne un nouveau gouvernement qui lui est inféodé. Le pire est quand même évité, Staline ne retient pas la proposition d’annexer purement et simplement la totalité de la Pologne comme le propose Wanda Wasilewska, une dirigeante du PKWN.

La période communiste est jalonnée de révoltes ouvrières. Le soulèvement de Poznań en 1956 force Khrouchtchev, premier secrétaire du PCUS, à accepter la nomination de Gomułka à la tête du Parti ouvrier unifié polonais. Celui-ci mène, avec l’appui du peuple et de l’armée, une révolution en douceur (décollectivisations massives dans l’agriculture, légalisation des conseils ouvriers, abolition de la censure…). L’intervention de l’Armée rouge visant à réprimer une telle dissidence est évitée lorsque Gomułka déclare que le gouvernement qu’il a mis en place n’est ni anti-soviétique, ni anti-communiste. La plus grande des révoltes ouvrières reste celle menée en 1980 par Lech Wałęsa au sein du syndicat non-communiste Solidarność, qui ébranle le bloc soviétique à cause de la réelle opposition au régime qu’il constitue, tout comme l’élection de l’évêque de Cracovie Karol Wojtyła au trône papal en 1978. Le général Wojciech Jaruzelski assure l’ultime reprise en main communiste en proclamant l’état de guerre en 1981. Ce sera l’occasion pour créer Solidarité Pologne et organiser des convois humanitaires qui partiront de Couvin vers Częstochowa. En annexe nous mettons la lettre reçue de Lech Wałęsa, premier président de la République polonaise libre et démocratique, via l’ambassade de Pologne. Cette lettre s’adresse surtout et avant tout aux couvinois qui ont donné sans compter pour aider leurs frères polonais dans la détresse.

Enfin libre …

En 1989, le pluralisme syndical est enfin autorisé et les élections législatives de juin entérinent la victoire de Solidarność. La même année, la Pologne sera l’un des premiers pays du Pacte de Varsovie à se retirer du traité et à former un gouvernement non communiste. Elle adhère, en 1999, à l’OTAN, et en 2003, les États-Unis lui attribuent le commandement d’une zone d’occupation en Irak. Elle intègre l’Union européenne le 1er mai 2004.

Illustration de l’histoire par les cartes postales.

Cette histoire de la Pologne, on peut en trouver trace dans les cartes postales émises à travers le temps. Nous avons choisi Częstochowa car nous y avons des attaches. Les couvinois connaissent bien cette région non seulement pour y avoir apporté une aide humanitaire conséquente – voir lettre en annexe –  mais aussi parce que les sœurs de Pesche y ont créé une école avec Sœur Dominique. Notons aussi la présence des Frères de Malonne qui possèdent une école à Częstochowa ainsi que les Frères de Saint Gabriel qui tiennent un internat pour jeunes gens étudiant à l’Akademia Polska, école supérieure de type long en langues.  Parmi leurs professeurs, Madame Hélène Suzanne, docteur en langues de la région de Chimay donne cours en cette académie universitaire !

Częstochowa

Quand on parle de Częstochowa, on pense immédiatement à Jasna-Góra, la forteresse mariale qui est devenue le centre marial de la Pologne et surtout le centre des pèlerinages avec Jean Paul II mais aussi Benoît XVI. Częstochowa est une ville connue dans le monde entier, grâce à la présence dans le monastère des Pères Pauliniens à Jasna Góra de l’image miraculeuse de la Vierge de Częstochowa, l’icône de la Madone Noire. C’est vers elle que des milliers de gens effectuent un pèlerinage. Les pèlerins ont fait de Częstochowa un des centres majeurs de pèlerinage dans le monde. Le sanctuaire est visité en moyenne par 4 à 5 millions de pèlerins qui viennent de 80 pays du monde. Plus de 200 000 pèlerins viennent à pied. Les trajets les plus longs font plus de 600 kilomètres et le temps passé pour traverser cette distance dure jusqu’à 20 jours.

À la fin du 19e siècle, Częstochowa a été un centre industriel au développement le plus dynamique et quatrième ville du royaume de Pologne. Le couronnement de l’importance de Częstochowa a été l’organisation en année 1909 de la grande Exposition d’industrie et d’agriculture étant une manifestation nationale de la culture polonaise, du potentiel technique et de production. Dès 1933, la ville est devenue une starostie municipale. Au début du siècle dernier, Częstochowa a renforcé son héritage culturel. De nouvelles institutions culturelles sont apparues : le musée, les bibliothèques, le théâtre, le cinéma, et les institutions de l’éducation, la presse locale se développait. En 1925, on a créé le diocèse de Częstochowa, qui en 1992 a été relevé au rang de métropole par le pape Jean Paul II.

Cartes 1 et 2

Carte 1 : vue du monastère de Jasna Góra vers 1900.

Gruss aus Czenstochau  … Częstochowa est occupée par les troupes allemandes. A l’envers de la carte, on peut voir un cachet de la poste « K.D.FELDPOSTSTADT N° 61 »  et « SOLDATENPOST ».  En 1914, le Russie choisit le camp des français et anglais contre le camp de l’Allemagne et de l’Autriche. Il ne faut pas oublier que la Russie est orthodoxe et que les pays des Balkans sont eux aussi orthodoxes sous influence de l’Eglise orthodoxe de Russie. La Galicie, territoire de l’Est de la Pologne est sous autorité autrichienne. Une armée polonaise combat sous les couleurs autrichiennes. Dès la déclaration de guerre, l’Allemagne se met en guerre contre la Russie et envoie des troupes. Les Polonais se divisèrent en deux principaux groupes politiques.  Le groupe dirigé par Roman Dmowski soutenait la Russie car, selon lui, une victoire russe signifierait l’incorporation de tous les polonais dans l’État de Russie. Dmowski croyait qu’il était inévitable que la Russie devienne libérale, avec pour conséquence normale la montée de l’influence polonaise. Le groupe opposé, dirigé par Jozef Pilsudski, s’obstinait à croire que les libertés accordées par l’Autriche était un premier pas vers l’indépendance de la nation polonaise. Pilsudski organisa une « ligue des fusiliers polonais » qui devint finalement le pivot de sa fameuse Première Brigade; elle se battit pour l’Empire Austro-Hongrois dans la première guerre mondiale. Dans un acte remarquable de solidarité nationale, les Polonais et les nationalistes polonais de l’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest, réunirent une armée de presque 100 000 hommes, appelée « l’armée bleue », avec à sa tête le général Jozef Haller. La restauration d’une Pologne indépendante était relativement peu soutenue sur la liste des priorités des Alliés et ne refit surface que lorsque les États-Unis d’Amérique arrivent sur l’échiquier de la guerre et que la Russie tomba dans le chaos.

Heureusement, le président des Etats-Unis, Woodrow Wilson, un ami personnel du célèbre compositeur et pianiste lgnacy Padarewski, soutint fortement l’idée, avec ses fameux « 14 points », de la nécessité de rétablir une Pologne indépendante ayant accès à la mer.

La situation était donc la suivante: la Russie prise avec ses propres problèmes de révolution et donc de guerre civile, la dissolution de l’Empire Austro-Hongrois et la défaite de l’Allemagne par les Alliés de. l’Ouest. La scène était enfin prête pour mettre en branle l’indépendance de la Pologne.

Carte 3 : Vue du monastère avec en français « vue générale »

Cartes 4 et 5 : vues avec monuments au soldat soviétique. Ces monuments ont été détruits après 2004. La haine du soviétique est vivace. En fait, c’est la haine du russe qu’il soit tsariste, soviétique ou post soviétique. Les russes refusent de reconnaître qu’ils ont massacré 5.000 soldats polonais en 1941.

Carte 6 : monument au Maréchal Józef Piłsudski, héros de l’indépendance polonaise.

Le monument au soldat soviétique a été remplacé par le monument au Maréchal Józef Klemens Piłsudski, né le 5 décembre 1867 à Zułów, près de Vilnius et mort le 12 mai 1935 à Varsovie. Il était un homme politique polonais, leader du Parti socialiste polonais, Naczelnik państwa (Chef d’État, 1918-1922), premier ministre polonais (1926-1928, puis 1930), à partir de 1920, dictateur du régime Sanacja, dits des colonels pendant la Seconde République, de 1926 à sa mort.

Il était connu sous les pseudonymes suivants: Wiktor, Mieczysław, Ziuk, Pan Marian; plus tard souvent appelé Dziadek (Papi) ou bien Marszałek (Maréchal), ou encore Komendant (Commandant) par ses anciens soldats.

Patriote et populaire, il était considéré comme le vainqueur de la guerre russo-polonaise (1919-1921) et de la lutte pour l’indépendance de la Pologne. A ce titre, il est un personnage emblématique de la Pologne actuelle, au même titre que Jean Paul II.

Carte 7 : carte émise par le syndicat « Solidarité » après l’indépendance retrouvée et l’arrivée de Lech Wałęsa comme premier président de la Pologne libre et démocratique demandant  le retour du monument du Maréchal Piłsudski. Carte peu commune.

Carte 8 : carte peu connue …carte des frères de la Maison Saint Gabriel.

A visiter quelques sites … de l’auteur de cet article

Jasna Góra

http://membres.multimania.fr/pierreval/

Site des Sœurs de Marie en Pologne

http://www.cyberquebec.ca/corkimaryi/

Site des Frères de Saint Gabriel

http://www.cyberquebec.ca/saintgabriel/

leur site en polonais

http://www.cyberquebec.ca/braciagabrielisci/

Pierre Uhlig

Cercle d’histoire Cubinium

http://membres.multimania.fr/couvin/

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